
LES BRUITS DE MA RUE Près de la fenêtre, la rue, son café.. L'atelier du vannier retrouvait le silence, deux lourdes portes crochetées avec un coup sec. Ensuite la radio déversait ses informations, entrecoupées de chansons publicitaires ; je pouvais chaque soir suivre le feuilleton tant attendu " LA FAMILLE DURATON". Les habitués se poussaient du coude pouffaient où vont-ils chercher tout cela. ? Un aveugle tapait le bord du trottoir du bout de sa canne « bonsoir madame Michu, il fait frais ce soir ! » Invariablement un son métallique se produisait près du réverbère, l'infirme avait parcouru plus de la moitié de son trajet ; ses pas allaient diminuant. Alfred revenait du marché, poussant une carriole remplie de fruits et de légumes ; les roues couinaient à chaque tour. P'tit louis garait sa moto dans une pétarade, le moteur hoquetant une dernière fois. Il poussait bruyamment la porte, dont le cristal égrenait ses notes " Salut les gars, ça baigne !", pour moi ce sera une mousse" Tous les copains au comptoir saluaient triomphalement son entrée. Et chacun de commander une nouvelle tournée. Seule, LEA demeurait silencieuse, personne ne la regardait ; ce n’était pas qu'elle soit laide, sa voix aigrelette ne faisait pas de cadeau, chaque parole prononcée allait droit au but. « Bande de vauriens, c'est tout ce que vous savez faire, je plains vos femmes qui se morfondent en vous attendant ». La buée complice les cachait de la rue. A deux pas de là, une fontaine crachait son eau claire, des servantes actionnaient le robinet dans un va-et-vient pour remplir leurs bassines. La sirène d'une ambulance coupa net les conversations, stoppa devant l'immeuble. Une portière s'ouvrit d'où deux hommes surgirent avec un brancard. Ils raclèrent le mur jusqu'au 2ème étage. « c'est bien ici pour le « « dirent-ils en tapant à la porte de gauche. De celle-ci s'échappaient des râles. Grand branle-bas dans les étages, les enfants hurlaient réveillés dans leur premier sommeil ; un chien jappa. Le blessé ébouillanté par une casserole d'eau appelait sa mère.. «Lâchez -moi vous me faites mal» disait-il pendant que les brancardiers en le soulevant regagnaient leur véhicule.. Ils s'engouffrèrent dans celui-ci, l'attroupement eut à peine le temps de se former que la sirène hurla pour se frayer un chemin. Les derniers clients, la voix mal assurée, sortirent en titubant. Le patron baissa son volet métallique. chaque centimètre grinçait. Un couple, le pas militaire se murmurait des mots tendres et riait. le calme arriva pesant. Le moindre bruissement se répercutait dans la cour. L'eau ruisselait dans les chenaux, des fenêtres se fermaient dans un claquement. Deux heures sonnèrent au clocher de l'église.

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